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L'humeur des Atréides

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A Serious Man, de Joel et Ethan Cohen

A Serious Man, de Joel et Ethan Cohen

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/71/93/88/19155581.jpgLa presse est unanime. SERIOUS MAN serait l’un des meilleurs films des frères Cohen, l’un des plus sérieux et des plus intimes mais aussi l’un des plus drôles et des plus maîtrisés . Dès lors une question nous interpelle, la fratrie ne jouirait-elle pas d’une présomption de qualité sur leur film ? Présomption simple, s’il en est, que nous tâchons de renverser par la présente. Car si les réalisateurs ont démontré à maintes reprises leur grand talent, nous ne comprenons pas l’engouement que suscite leur dernière œuvre. Très sérieusement, A SERIOUS MAN ne mérite pas tant d’éloges.

Pourtant, l’entrée en matière surprend dans le bon sens. Elle symbolise et résume mieux que le film lui-même, l’atmosphère tragi-comique qui imbibera les péripéties de Larry Gobnik, professeur de physique, qui s’évertue contre vents et marées à se conduire en « bon juif » malgré le sort qui s’acharne. Nous sommes à la fin des années 60, dans un middle-west américain qui peut sembler au mieux paradoxale, au pire en confrontation, avec les pratiques de la communauté juive qui y réside. L’aspect autobiographique est indéniable et l’on sent que le film touche à l’intime des réalisateurs. Malheureusement, il faut admettre qu’il s’agit bien d’un film communautaire, au sens premier du terme, c’est à dire qui relève d’une communauté, en l’occurrence la communauté juive. Et le spectateur non initié ou non concerné peut très vite se sentir délaissé et exclu de l’histoire. D’autant plus que son rythme est à l’exact opposé de la très réussie bande annonce ; les longueurs sont trop nombreuses.

Les frères Cohen nous parlent du monde juif, de l’absurdité d’être cet homme sérieux quand le dieu, auquel nous croyons ou demandons de croire, se plait à tout foutre en l’air. Déjà dans NO COUNTRY FOR OLD MEN il n’y avait aucune pitié, l’ange exterminateur Anton Cigurh faisait régner sa loi divine, et le dieu de SERIOUS MAN ne semble pas plus miséricordieux. Le long-métrage tient beaucoup plus de la tragédie que de la comédie. La fin, abstruse et gratuite, nous le confirme ; l’espoir est maigre. L’espoir de rire également, les dialogues manquent de percussion et les différentes situations cocasses, habituelles chez les deux frères, sont trop artificielles et répétitives pour séduire. Jamais film des Cohen n’avait été si amer. BURN AFTER READING, film mineur, gardait encore une certaine légèreté, une part de farce bienvenue. Là, l’ésotérisme leur inspire une noirceur sous-jacente inattendue et surprenante mais à laquelle nous restons totalement indifférents. Après tout, nous sommes peut être ce dibbouk (esprit malin et diabolique) que la vieille dame redoutait tant, traversant le film en fantôme sans trop savoir si le spectre en question ne serait pas le film lui-même.