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L'humeur des Atréides

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Achille et la Tortue, de Takeshi Kitano

Achille et la Tortue, de Takeshi Kitano

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/67/32/40/19253299.jpgDans ses deux derniers films, Takeshi Kitano entamait radicalement sa propre déconstruction (destruction ?) s’interrogeant sur sa condition d’artiste. Le succès mondial de ZATOICHI fut pour lui un moment clef, l’intimant de réfléchir sur sa carrière, sur ce qu’est l’art et la création.  Avec ACHILLE ET LA TORTUE, il semble clore cette trilogie critique par un retour à une narration plus classique et surtout par un désir de cinéma retrouvé. En contant la vie ubuesque d’un peintre, Machisu, en manque de reconnaissance ou de talent, le cinéaste japonais questionne, avec humour et dérision, le monde de l’art.

La mort a toujours marqué de sa présence, soudaine et frontale, l’univers du cinéaste. Dans ACHILLE ET LA TORTUE elle semble partie intégrante du processus artistique, telle une donnée neutre qui s’immisce dans l’équation esthétique. L’art serait une quête morbide, sérieuse et obsessionnelle, pour Machisu, plus futile et absconse pour Kitano, qui ne cesse de mettre en image des situations d’une drôlerie burlesque dont il a le secret. Mais jamais le réalisateur ne jugera ses personnages gardant pour eux, tout comme le spectateur, un étrange respect mêlé de farce et de mélancolie. Voilà pourquoi ACHILLE ET LA TORTUE relève de la mise en doute plutôt que de la mise en cause ; le talent et l’esbroufe, l’art et le non-art se côtoient sans discernement possible. Alors la création retrouve sa vocation première, si évidente dans l’esprit du réalisateur, celle d’amuser. Le jeu prime, peu importe que le résultat qui en découle soit ou non considéré. Dès lors, l’art pour l’art, cher au Parnasse, devient une voie éronée, dangereuse et étouffante.  ACHILLE ET LA TORTUE remet donc le plaisir au centre de l’art et par son biais, Takeshi Kitano dépasse sa tortue chimérique pour retrouver, avec nous, le goût de son cinéma.