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L'humeur des Atréides

L'humeur des Atréides

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Avatar, de James Cameron

Avatar, de James Cameron

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/64/43/65/19211318.jpgCette fois nous ne ferons pas allégeance au roi Cameron. Pourtant, c’est peu dire que nous estimons, respectons et aimons son travail. Travail insensé, toujours en reconquête de lui-même au fil de nouveaux défis plus ardus les uns que les autres. AVATAR est l’un d’eux, projet fou, démesuré, aujourd’hui accompli grâce à la volonté et au savoir-faire unique de James Cameron.

Evidemment qu’il ne fallait pas douter de la réussite technique du film, la 3D fonctionne sans encombre, à la portée de tous, pour un impact visuel immédiat et indéniable. Les premières minutes sont impressionnantes, le spectateur, alors désorienté, cherche à s’habituer à l’image, à la scruter de la meilleure façon qu’il soit. Le véritable apport de la 3D ne se situe pas au premier plan de l’image mais bien en son arrière plan, précis et infini à la fois témoignant d’une profondeur de champ jamais vue jusqu’alors. Mais Avatar ne nous laissera jamais bouche bée. La fascination n’est pas au rendez-vous. La 3D existe depuis des années et les conditions de visionnage qu’offrent les lunettes ne sont pas les plus confortables. L’IMAX devrait améliorer encore l’impression ressentie mais la France est plus que sous équipée en la matière. Ceci dit, le film sera un succès commercial et démocratisera, tant au près des professionnels que du public, le passage à l’équipement et à la réalisation totale en 3D. Il s’agit bien d’une évolution technique et industrielle mais non d’une révolution ; et surtout pas d’une révolution esthétique.

Nous voilà débarqués sur Pandora, planète sauvage aux multiples lunes, peuplée de Na’vi sortes de géants bleus mi-hommes mi-félins qui vivent en communion avec leur mère nature. L’univers bien détaillé semble cohérent. Pandora n’a pas attendu ces « hommes venus de ciel » pour vivre, et n’a pas attendu les spectateurs pour exister, depuis douze années, dans le cerveau de son créateur. Hélas, James Cameron non seulement n’invente rien mais en plus fait preuve de mauvais goût. La science fiction a décidément du mal à innover dans un domaine autre que celui des effets spéciaux. Le réalisateur s’attarde dans cette jungle où grouille animaux et plantes aux couleurs criardes ; défilé exubérant de rouge vif, de vert fluo et de jaune tapageur.

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/64/43/65/19179098.jpgTout a déjà été vu, ou presque, Cameron ne niant pas l’influence majeure de l’œuvre d’Hayao Myazaki l’intelligence du discours et la beauté graphique en moins. On pense sans relâche à PRINCESSE MONONOKE ou à NAUSICAA sans retrouver le même enchantement. Curieuse impression de se dire qu’un film en 3D ne procure pas la même émotion que les « simples » dessins du maître japonais. Quelques belles scènes pourtant demeurent quand le cinéaste prend son temps, à juste titre, dans la nuit pandorienne illuminée de lucioles dansantes sous le regard sensible de Neytiri. Là, l’émerveillement survie à l’énervement et plus encore, à l’ennui. Le film souffre de gros problèmes de rythme liés à ce schéma narratif répétitif : Jack Sully en tant que marine (monde de guerre) puis Jack Sully dans son avatar (monde d’émerveillement) et ainsi de suite tout au long du récit. Pire encore, le ridicule frise certaines scènes kitsch et mielleuses accentuées par une bande son imbécile qui ira jusqu’à gâcher les belles scènes d’action. Seule la fin nous ravive dans un déluge d’action revigorant. Alors, on redécouvre un temps le Cameron d’Alien 2, ce James s’en va-t-en guerre guidé par sa walkyrie, Sigourney Weaver . 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/64/43/65/19156227.jpgAVATAR peut s’analyser comme la synthèse narrative, au rabais, de toute la filmographie de James Cameron. On retrouve son obsession des machines, son fantasme de la destruction dans cette fable noire (et verte) à la sincérité louable. D’aucuns parlent déjà d’une critique acerbe de l’engagement américain en Iraq ou, plus généralement, d’une critique de l’impérialisme Etats-Unien. Certes, le portrait dressé de l’armée américaine symbolisée par le colonel  Quaritch (excellent) est peu flatteur mais le message délivré est trop simpliste pour qu’on le prenne au sérieux. Le thème est dès plus classique, celui des westerns (pro-indien) ou encore du mythe de Pocahontas transposé au fin fond de l’espace. Préférons-lui le Starship Troopers de Verhoeven, pamphlet bien plus virulent en la matière.

Quoi qu’il en soit l’ambition du réalisateur était ailleurs. Elle était celle d’un spectacle total, d’un plaisir cinématographique poussé à son acmé. Nul doute qu’AVATAR est une étape importante et délicate dans la recherche de ce plaisir mais nous pensons que l’histoire du cinéma jouera en sa défaveur. La technique s’améliorera et la trame, le rythme et la profondeur du récit ne sont pas assez soignés pour survivre « à la fausse commune du temps ». Paradoxalement Avatar est déjà ringard.