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L'humeur des Atréides

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Black Swan, de Darren Aronofsky

Black Swan, de Darren Aronofsky

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/78/85/13/19627032.jpg« It’s perfect » murmure Nina Sayers (excellente Natalie Portman) dans son dernier chant du cygne. Même Tarantino n’avait pas osé le mot, à la toute fin d’INGLOURIOUS BASTERDS quand Aldo Raine, gravant le front de Hans Landa, se demandait s’il venait de réaliser là son premier chef-d’œuvre. En apparence Aronofsky n’a pas de doute, certain de son talent. En apparence seulement.

 C’est dans la bouche de Thomas (Vincent Cassel), directeur artistique du prestigieux New York City Ballet, que le cinéaste s’interroge. La maîtrise totale nuirait-elle à cette fragilité mystérieuse, inhérente aux grandes œuvres ? « Lâche toi » dit Thomas à Nina, alors incapable de sentir le Black Swan en elle. Il faut dire que Nina est couvée par sa maman, ex danseuse ratée, et ne connaît rien des plaisirs de la vie. Heureusement que Thomas lui demande de se caresser, ravivant son double maléfique prenant l’apparence de Lily (Mila Kunis), fraîchement arrivée dans la troupe. Alors Nina ira jusqu’à jeter ses ours en peluche dans le dépôt à ordure. C’est dire.

 On aura compris à quel point Aronofsky ne sait pas se lâcher, prisonnier des clichés qu’il prétend pourtant transcender. Et il n’a pas eu peur de mettre les deux pieds dedans, égrenant sans crainte les thématiques rabâchées du double et de la fin de l’enfance. En cela Nina est l’idéal-type du héros aronofskien qui se perd dans la quête de la perfection ; qu’elle soit mathématique dans PI, « psychotropique » dans REQUIEM FOR A DREAM ou encore médicale dans THE FOUNTAIN.

Comme à son habitude, tout est littéral, rien n’est caché et Black Swan se veut être une ode à l’explicite. Après tout l’idée d’épuiser jusqu’à la lie les poncifs par la toute puissance de la monstration se défend ; mal en l’occurrence

Jamais Aronofsky ne va pas jusqu’au bout de sa logique, dérivant d’une approche documentaire à la THE WRESTLER (cygne blanc) vers plus de maniérisme à la REQUIEM FOR A DREAM (cygne noire). Synthèse confuse qui annihile l’expression totale de l’une ou l’autre de ces deux approches. Deux scènes, les plus intéressantes du film, nous en rendent compte. Dans la première, Nina incarne le cygne blanc avant que se mêle à sa danse un monstre noir à tête de cygne. Soudain Nina se réveille, ce n’était qu’un cauchemar. L’effectivité du cygne noir ne peut être qu’en rêve ; dommage.

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/78/85/13/19495242.jpgDans la seconde, Nina entame l'acte dévolu au cygne noir. La transformation doit atteindre ici son acmé. C’est pour cette scène que l’on a supporté l’ennui du ventre du film. Hélas, la métamorphose attendue se révèle être qu’une petite mue sans âme où, dans un plan très bref, les bras de Nina deviennent deux grosses ailes noires et s’en vont.  Qu’est-il devenu le monstre de son rêve ? Cette chimère intégrale, incarnée, ce BLACK SWAN qui n’aurait pas eu peur de prendre son envol devant les spectateurs médusés ; et le film avec lui.