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L'humeur des Atréides

L'humeur des Atréides

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Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois (tribune libre)

Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois (tribune libre)

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/77/69/73/19476857.jpgSamedi soir à Marseille au cinéma Prado, salle comble et bruyante, les gens parlent fort en attendant la projection du film de Xavier Beauvois prix du jury 2010 à Cannes. Est-ce la récompense Cannoise qui excite les spectateurs persuadés d’assister à une œuvre majeure de l’année ou alors plus simplement l’ambiance courante à Marseille ?

« Des hommes et des Dieux » met en scène de manière contemplative les moines Cisterciens français de Tibhirine et raconte leur destin tragique. Du point de vue du contenu pas de surprise pour l’amateur de cinéma.

 
Le rythme du récit est donné dès le début, lent sans être pour autant ennuyeux, peu de dialogue mais des scènes poignantes. On remarque alors que le film de Beauvois est basé sur une certaine mécanique : prière et chants des religieux dans le monastère, capture d’instant de la vie quotidienne des religieux et de la population les entourant puis scène forte soutenu par des dialogues. Beauvois s’amuse a réitéré ce schéma au fur et a mesure de l’avancé du film.

 
Ces scènes poignantes parlons-en, comme lorsque le « chef » des moines, le frère Christian, joué par un Lambert Wilson très convaincant, fait fermement face aux terroristes en n’acceptant aucune de leur condition, tout en les respectant dans un dialogue intense où Beauvois nous montre sa maitrise des silences.

 
http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/77/69/73/19441915.jpgCet événement va entrainer doutes et dissensions dans la communauté des moines. La violence doit forcément et inflexiblement être condamnée par les religieux, ce qui interdit la présence de l’armée autour du monastère. La sécurité a donc disparu pour ces frères dans la région. Quelle échappatoire pour eux ? La fuite ? Laisser le village Algérien à l’abandon ? Où résister aux pressions extérieures et faire « comme si de rien était » en n’écoutant que sa foi ? 
C’est dans ces questions que les personnalités des moines vont le plus ressortir avec des nuances distinctes et intéressantes pour chacun des moines, aidé par le jeu pertinent des différents acteurs. Beauvois invite pleinement le spectateur à se mêler au conflit intérieur des frères.
« Des hommes et des dieux » soulève des questions au plus près de l’actualité tel que le respect, notamment entre religions, l’islamisme radical, la violence en réponse à la violence.

La tension du film augmente en 2ème partie, coïncidant avec le rythme des tueries de plus en plus présentes dans la région, jusqu'à atteindre son comble à partir de la scène incroyable du repas avec le « lac des Cygnes » en fond sonore jusqu’au tragique dénouement où, on peut le dire, les moines « portent leur croix ».
L’ambiance chaude du début de séance est oubliée laissant place à une ambiance irréaliste, à un silence pesant au possible, silence très semblable à celui de la dernière scène du film. Xavier Beauvois rend un immense hommage à cette communauté soudée jusqu’à la fin.