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L'humeur des Atréides

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Kaboom, de Gregg Araki

Kaboom, de Gregg Araki

“ Boum
Le monde entier fait Boum
Tout l'univers fait Boum
Parc'que mon cœur fait Boum Boum
Boum ”


http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/77/78/09/19499881.jpgDe Trenet à Araki il y a un monde. Et pourtant ce refrain aurait fait un excellent synopsis de son KABOOM, onomatopée bruyante, grisante et attachante ; à l’image du film.

“ KABOOM et tout explose. Sans amertume, sans tristesse. Parce qu’on a bien joui. Et même si nous étions jeunes, notre fin fût, à y repenser, d’une drôlerie loufoque rare de nos jours ” pourrait témoigner Smith, qui connut des péripéties très étranges dans le quotidien lubrique d’un campus californien fantasmé.

Gregg Araki n’a plus vingt ans. Mais il n’a rien perdu de sa fraîcheur et de son goût pour le teen movie.  D’aucuns le lui ont reproché, notamment du fait d’être revenu à la comédie légère après son très sérieux et très réussi MYSTERIOUS SKIN. SMILEY FACE n’avait rien de honteux, bien au contraire. Avec KABOOM, il assume et enfonce le clou, profondément, reprenant ses thématiques habituelles - sexe, drogues et fin du monde – tout en marquant une évolution par rapport aux ados de THE DOOM GENERATION.

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/77/78/09/19442130.jpgSmith couche avec London, une blonde bavarde et excitante. Il aime également les hommes, musclés de préférence. Il se dit indéterminé et de toute façon cela n’a aucune importance. Sa meilleure amie, Stella, n’aime que les femmes et s’entiche d’une sorcière nymphomane qui lui en fera baver. Ici, le sexe a beau être banal il n’en est pas moins précieux pour le cinéaste. L’intimité dévoile.

L’important n’est plus de coucher, ni même de jouir mais de continuer à le faire alors que tout fout le camp. Aux alentours du campus, les masques rôdent et la peur surgit, déci delà, laissant les ados à leurs angoisses. Alors forcément on a en tête David Lynch et même  Richard Kelly, mais l’univers de KABOOM est autonome, propre à son réalisateur.

L’onanisme “Arakien” est toute autre que celui de Lynch. Dans MULHOLLAND DRIVE, l’héroïne, en pleure, se perd dans un délire masturbatoire témoignant d’une jalousie obsessive. Même  trouble pour le héros de LOST HIGHWAY hanté par la tromperie, réelle ou non, de sa femme. Dès lors la fantasmagorie, oppressante et labyrinthique, que l’on connaît se met en branle.

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/77/78/09/19442129.jpgChez Araki, pas de jalousie, puisque l’on couche mais sans sentiment ou, plus exactement, sans sentiment avéré. Le sexe n’est plus au cœur de la cause d’un mal, mais en souffre dans ses conséquences comme si la jouissance devait cesser. London, en panique, interrompt Smith prêt à se masturber devant son écran d’ordinateur. Pour elle rien de plus normal, mais dehors les choses se gâtent ; on éjaculera plus tard, c’est promis.

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/77/78/09/19442131.jpgSi KABOOM fonctionne dans toutes ses acceptions, c’est que l’américain a le chic pour former un casting impeccable communiquant, par une mise en scène légère, son amour pour ses personnages. Il papillonne dans différents genres usant d’effets kitsch qui s’intègrent parfaitement dans la logique du long-métrage. La forme enivre le fond. Les informations fusent, on s’appelle, on se “ texte ”, on se “ mail ”. Tout va très vite et cela s’accélère encore, dans le final, comme une course qui ne peut que se finir par un crash, un bruit. Mais quel bruit ! KABOOM