Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
L'humeur des Atréides

L'humeur des Atréides

Menu
Kids, de Larry Clark [Jamais trop tard]

Kids, de Larry Clark [Jamais trop tard]

C’est une première sur le blog et peut-être une nouvelle orientation, celle de vous faire découvrir, en plus des films à l’affiche, nos coups de cœurs casaniers, nos révélations solitaires.

Je ne connaissais Kids-Larry-Clarkpas KIDS de Larry Clark, la gifle est d’autant plus cruelle.

Vous avez certainement entendu parler de la polémique soulevée par la rétrospective au Centre Pompidou du photographe et cinéaste américain Larry Clark. L’exposition a été interdite aux moins de 18 ans en raison de clichés jugés trop crus. La plupart des scènes présentent en effet des adolescents dans leur intimité quotidienne, intimité jamais voilée et parfois sexuelle qui excita sans doute le désir de zèle des responsables de l’exposition.
Depuis le début de ses travaux dans les années 70, Larry Clark peut être considéré comme l'un des principaux artistes ayant signé le manifeste du péril jeune. Ses photos et sa caméra ont capté au plus près, pour ne pas dire, aux côtés, les pulsations de la jeunesse américaine déviante, la magnifiant dans sa profonde détresse.


Telly et Casper sont dmedia--image-315199-article-ajust 650eux enfants terribles lâchés dans l’immensité newyorkaise. Ils sont délinquants, désœuvrés mais pas complètement marginalisés. Obsédés par le sexe comme tous les ados de leur âge, ils sont bien éloignés de leurs cousins « geeks » du 21ème siècle. Leur terrain de jeu, c’est la rue et les filles. Lorsqu’ils leur courent après, c’est pour coucher, vite, violemment et parfois sans protection. Nous sommes en 1995, l’Amérique et le monde découvrent les ravages de SIDA. Seulement les habitudes ont la peau dure, surtout chez ces apprentis adultes en quête de sens.


Il serait préjudiciableLarry-Clark-Kids-1995 de révéler les clefs de l’intrigue au cours d’une longue critique analytique . Le film vaut d'être découvert d'un seul geste, comme une lente plongée vers l’inconnu dont l'augmentation de pression s'accompagnerait d’un indiscible sentiment d'urgence. On pourrait reprocher à Larry Clark une forme de voyeurisme. Sa pellicule imprègne la rétine d’une étrange fascination du pire. Ces gamins, ces « Kids », sont presque monstrueux, la brutalité de leur désinhibition, leur quête insatiable de jouissance est dérangeante et fascinante à la fois. On comprend vite que le réalisateur filme un milieu qu’il connaît parfaitement et qu’il ne le juge pas. Son travail tient bien du manifeste. Nageant entre fiction et réalité, son film reprend les codes du documentaire : la caméra est légère, discrète, et jamais dans l’image ne transpire une impression de mise en scène. L’histoire se déploie alors dans toute sa banalité tragique sous les yeux du spectateur, témoin halluciné cramponné à son siège, comme dans cette scène de rixe générale où la bande d’ados se déchaîne sur un inconnu.


5Nous avons tous, avec plus ou moins de difficulté et d’intensité, transité vers l’âge adulte. Le trouble, de ce passage est connu, mais en règle générale, il passe. Chez Telly et Casper, le malaise ne passe pas. Il s’installe et les enveloppe pour devenir la norme. Le triste héros à peine pubère de cette violente plongée, conclut le film sur les mots certainement les plus justes : « Jesus Christ, what happened ? »