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L'humeur des Atréides

L'humeur des Atréides

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Le bruit des glaçons, de Bertrand Blier

Le bruit des glaçons, de Bertrand Blier

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Un homme s’avance d’un pas résolu, on dirait un automate, l’air complètement hirsute mais pas complètement débraillé. Sur ce chemin de campagne, au beau milieu d’une après-midi d’été, Albert Dupontel semble venir de nulle part tout en sachant parfaitement ou il se rend. La musique qui accompagne son arrivée dans un riche mât du Languedoc Roussillon est grinçante et dérangeante. Sur la terrasse ensoleillée, il rejoint Jean Dujardin, fin ivre, qui ne semble absolument pas surpris de le voir ainsi débarquer. Albert Dupontel se présente : « bonjour, je suis votre cancer. Je me suis dit que ça serait peut-être pas mal de faire un petit peu connaissance ».

Le bruit des glaçons tinte bizarrement en cette fin d’été et vient bousculer la monotonie des comédies US avec un scénario digne d’une nouvelle de Bernard Werber, le mauvais esprit et la saine vulgarité en plus. Le réalisateur des Valseuses et de Buffet Froid livre un film absolument délirant, boursouflé, traversé de fulgurances et malheureusement criblés de carences, scénaristiques surtout.

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/78/33/84/19468221.jpgDans cette grande maison perdue au milieu de la lande roussillonnaise, Albert Dupontel et Jean Dujardin s’en donnent à cœur joie. Les répliques fusent et on frôle régulièrement l’absurde mais le film conserve son équilibre général par toutes ces touches, ces scénettes et ces flash-back, qui, mis à bout, forment un tout cohérent. L’histoire se vit un peu à la manière d’un songe alcoolisé. Le temps est distendu, l’intrigue s’arrête puis redémarre à des moments éclatés, et on se demande parfois si Bertrand Blier n’a pas tout simplement « accéléré » les passages qui fonctionnaient le moins. Un peu comme s’il avait bâclé les scènes faibles du film pour se concentrer sur les scènes fortes avec le désir de ne pas diluer son propos, de ne pas lisser son tableau.

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/78/33/84/19468227.jpgAlbert Dupontel excelle dans ce rôle de cancer sympathique, complètement fou et pourtant si réel. Ses répliques, ses mimiques, sa présence en contrechamps quasi persistante derrière Jean Dujardin, ajoutent à chaque tableau une seconde lecture. Sa bouille inimitable, son sens de la réplique ou de la distribution de baffe faisait de lui une évidence dans le casting du film. Si Dujardin ne convainc pas dès la première réplique, son jeu monte néanmoins rapidement en puissance. Qu’il s’agisse des scènes chorégraphiées de sexe, de titubage pur et simple, ou de sa pure palette d’expression (scène d’anthologie avec son médecin sur la question de sa consommation d’alcool), Jean Dujardin épate par sa finesse et son culot, par sa capacité à concilier extrême sérieux avec connerie totale. OSS 117 est passé par là. Côté féminin, Anne Alvaro et Audrey Dana apportent une tonalité presque candide et mélancolique au propos du cinéaste. Tandis que les deux affreux alimentent le réservoir "ridiculo-loufoque" du film, les femmes tentent d’apporter les réponses aux vraies questions : pourquoi le cancer ? Quel est ce mal qui nous ronge alors que nous ne sommes pas si vieilles ? Comment le soigner ? Au fond, ce sont elles les véritables héroïnes du film.

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/78/33/84/19457084.jpgMaladroit en de nombreux passages, parfois fainéant et sonnant même parfois faux, le bruit des glaçons ne reste pas moins une belle surprise. Le film aurait sans doute fait une excellente pièce de théâtre. Qu’importe, il souffle entre ses acteurs un réel vent d’air frais, une belle petite baffe que nous acène un Bertrand Blier qui n’est certes pas encore mort !