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L'humeur des Atréides

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Mother, de Bong Joon-ho

Mother, de Bong Joon-ho

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/70/39/68/19219777.jpgQui l’eut cru ? Un film de monstre, THE HOST, en quatrième position du classement des meilleurs films des années 2000, établi ce mois-ci par la rédaction DES CAHIERS DU CINEMA. Cette performance, méritée, nous la devons à ce réalisateur coréen formidable, Bong Joon-ho. Avec MOTHER, son quatrième long-métrage, le réalisateur passe d’un monstre à un autre, celui d’une mère, de la mère, ou pire encore, le monstre de la filiation (maternelle).

Comme à son habitude, le cinéaste va se servir d’un genre, ici le polar, pour élargir subtilement son propos à toute une ambiance politique, sociale et morale de la société coréenne, sans pour autant délaisser l’essence même de son film. Là, réside la grande force de ce cinéma, plein de maîtrise et d’ambition. MOTHER, c’est le combat d’une mère pour innocenter son fils, attardé, accusé du meurtre d’une jeune lycéenne. Malgré ce postulat finalement peu original, Bong Joon-Ho arrive à surprendre, telle la fameuse première scène où cette mère entame, en pleine nature, une danse salvatrice devant nos yeux dès lors hypnotisés. Il faut dire que la mise en scène du coréen est particulièrement subtile et soignée, démontrant que le maniérisme à outrance d’un Park Chan Wook, n’est pas la voie que doit emprunter, aujourd’hui, le cinéma coréen. C’est bien Bong Joon-ho qui donne le La, THE CHASER de Hong-jin Na en témoigne.

Des rizières de MEMORIES OF MURDER aux champs de soja de MOTHER, on retrouve un même vecteur, l’eau, tout du moins le liquide sous toutes ses formes ; pluie, sang, urine. Alors le film coule, dégouline et inonde les genres et les thèmes qu’ils brassent, du mélodrame psychanalytique au polar social, suivant son propre cours, insaisissable. Cette mère, prête à tout, ira jusqu’au bout d’elle-même, jusqu’à invoquer l’aide de sa propre mère. Ici, la filiation exclusivement maternelle s’appréhende comme une dette qui se perpétue de génération en génération. Le poids d’une naissance pour la dette d’une vie, le poids d’une vie pour la dette des morts. Et il y’en aura plusieurs en commun dans l’intimité perverse de cette relation mère fils. Mais la dette est plus grande encore. Celle que paie toujours la société coréenne suite à ces années de dictatures militaires, enracinées sociologiquement dans le fonctionnement du pays des matins calmes. Les traumatismes sont profonds ; chez la mère comme chez l’enfant.