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L'humeur des Atréides

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Tetro, de Francis Ford Coppola

Tetro, de Francis Ford Coppola

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/69/83/73/19190075.jpg« Ne regarde pas la lumière en face » dit Tetro à Bennie, son frère cadet, parti le retrouver au-delà des mers à Bueno Aires. Sans doute parle-t-il de cette lumière éblouissante des phares flavescents des voitures. Cette lumière des néons et autres allogènes autour desquels les moustiques dansent, annonçant une piqûre de rappel. Le rappel de souvenirs enfouis, qui surgissent en couleurs, comme si la lumière les mettait au goût du jour telle la survenance douloureuse d’histoires de famille.      

La lumière comme fil d’Ariane dans les entrelacs de la mémoire, si belle dans ce noir et blanc numérique et magnifique qui envoûte dès les premières images. Francis Ford Coppola est un esthète audacieux, qui fait preuve d’une liberté totale pour nous compter ce récit familial riche et déroutant. Le réalisateur y mélange les genres, les cadres et les formats tout en s’imprégnant de l’atmosphère sud-américaine. L’Argentine devient une évidence, terre de passage et de voyage mais aussi terre lointaine et terre d’oubli. Lieu idéal pour Tetro, qui a fait le choix utopique de divorcer de sa famille. Déjà Coppola nous avait habitués à ce thème dans RUSTY JAMES et bien sûr dans la trilogie du PARRAIN. Ici, le père est un célèbre chef d’orchestre qui ne laisse que peu de place pour les autres ; « il ne peut y avoir plus d’un génie par famille » Dans cette autobiographie imaginaire, le cinéaste mêle son histoire personnelle à ses fantasmes de cinéphile, citant explicitement le cinéma de son maître, Michael Powell.

http://images.allocine.fr/c_80_80/b_1_x/medias/nmedia/18/69/83/73/19215068.jpgCoppola se cherche une nouvelle virginité, il ose techniquement et esthétiquement mais contrairement au ratage naïf de l’HOMME SANS AGE, le film s’impose logiquement. Et peu importe la place que prendra l’œuvre dans sa formidable filmographie, elle scintille déjà par elle-même, dissimulant encore des mystères que le temps nous fera découvrir. TETRO nous parle de la famille pour mieux nous parler d’art. L’art est une survivance, une rédemption, une réponse à la famille. L’art comme refuge, l’art comme oubli mais aussi, et paradoxalement, l’art comme lien inaltérable avec celle-ci. Ainsi Bennie doit tout à son frère mais ce tout n’est qu’art ou culture. C’est Tetro qu’il lui a fait découvrir « ces films étranges » et ces livres magnifiques qui l’ont marqué à jamais. C’est pour cette raison qu’il le poursuit, qu’il le mime et qu’il le fantasme. Ils ont de l’art en commun, un même ressenti, une même perception, une même culture qui ne peut se briser et s’oublier. Là se trouve le vrai lien familial. Ne parlons plus d’amour similaire à « un coup de poignard en plein cœur » dans cette famille Tetroccini et dans tant d’autres. Parlons d’art, parlons de rivalité aussi.

La rivalité serait donc l’explication à ces maux, à cette psychose familiale. Concurrence des arts, la musique et la littérature, pour une concurrence des talents, Tetro et son père. Le cinéma, art de synthèse, ne pourra pas tout concilier. Il faut tuer le pater, par l’art et avec ironie,  au grand festival des œuvres parricides de Patagonie. Alors le cinéaste se plait à brouiller les pistes et les sentiments, au risque de perde parfois le spectateur, et son final retrouvera le lyrisme opératique de ses plus grandes œuvres. Tetro a de l’ampleur ; celle d’une bouffée d’art pur !