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L'humeur des Atréides

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The Swimmer, de Frank Perry [Jamais trop tard]

The Swimmer, de Frank Perry [Jamais trop tard]

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/78/88/41/19532704.jpgIl faut saluer le travail de Splendor Films qui s’évertue à sonder les abysses du cinéma américain des années 60/70 pour en faire ressurgir ses chefs-d’œuvre oubliés. Déjà, il y’a quelques années, nous restions subjugués suite à la vision du film de Paul Newman au titre qui parle pour lui-même : « DE L’INFLUENCE DES RAYONS GAMMA SUR LE COMPORTEMENT DES MARGUERITES ».


Avec THE SWIMMER nous voilà face à une autre œuvre majeure, inédite en France. Le film de Frank Perry devait sortir en 1968 au moment où les évènements commençaient, annulant purement et simplement sa distribution française jusqu’à ce jour. Notons également que le réalisateur connut des déboires avec La Columbia, conduisant à son éviction avant la fin du tournage ; Sydney Pollack réalisera la dernière scène.

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/78/88/41/19482508.jpgMais revenons aux premières minutes, magnifiques et étranges, dans les bois du Connecticut. Quelqu’un marche, d’un pas décidé. On ne le voit pas, pas tout de suite. Caméra portée qui avance en latéral, plans en hauteur et inserts sur des animaux s’enchaînent, accompagnés d’une musique d’importance. Le ton est à l’expérience, formelle et sonore, d’une nature tout à la fois vivante, vivifiante et inquiétante. Cerfs, crapauds, hiboux accompagnent et surveillent, croit-il, la course de cet homme. Dès lors comment ne pas penser au merveilleux qui envouta les enfants de LA NUIT DU CHASSEUR de Charles Laughton. Quand, sur une barque de fortune, fuyant le « révérend » Harry Powell ils dévalèrent la rivière sous l’œil protecteur d’une faune nyctalope. Cours d’eau mythique donc, où ces deux anges quittent, avec violence, le monde de l’enfance.

Ned Merrill (Burt Lancaster) a déjà vécu la moitié de sa vie. Il ne s’agit plus de quitter l’enfance, non plus descendre la rivière mais la remonter, en sens inverse, comme si rien n’avait changé. « I’m swimming home » répète-t-il sans cesse, nourrissant le curieux projet de rentrer chez lui en nageant, de piscines en piscines, à travers les riches propriétés de son voisinage. Remonter ce cours d’eau fantasmé - la « Lucinda River » du nom de son épouse - pour remonter le cours du temps. En somme, un projet à la Benjamin Button mais avec seulement ses avantages.

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/78/88/41/19482505.jpgTHE SWIMMER n’a rien d’un conte hollywoodien formaté. La mise en scène surprend constamment. Frank Perry use des formes et des sons pour se jouer de son personnage. C’est en cela que l’œuvre est radicale. Il n’y a pas de salut possible, pas de rachat, pas de nouveau départ. Ned a beau plonger dans ces piscines à l’eau cristalline, il ne se lave de rien. Et le passé  remonte à la surface avec sa cohorte de choix, d’erreurs, de tourments.

Ned a de plus en plus froid. Pourquoi diable ce soleil ne chauffe-t-il plus ? Comme si la nature, qu’il pensait à ses cotés, le narguait à son tour. Son image de l’homme aimé et aimant se meurt, et, avec elle, c’est toute l’illusion de la Lucinda River qui disparait. Les derniers plans, « antonionien », le confirment ; the swimmer s’est noyé.