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L'humeur des Atréides

L'humeur des Atréides

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There Will Be Blood, de Paul Thomas Anderson [tribune libre]

There Will Be Blood, de Paul Thomas Anderson [tribune libre]

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/65/83/90/18891883.jpgJe viens de découvrir "There will be blood", offert par mon cher frangin, et je l'en remercie, car c'est un très grand film, magistral, comme je le répèterai à la fin de cette chronique, mené d'une main de maître, et un film que j'ai détesté de la 1ère à la dernière minute.
Oui! Comment accorder le moindre sentiment d'affection pour le personnage central, Daniel Plainview, mégalomane méprisable, self-made-man cruel et violent qui ne recherchera aucune forme de rédemption, bien au contraire, et tuera volontiers de ses propres mains quand bon (ou mauvais) lui semblera ?


http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/63/80/44/18867827.jpg"There will be blood" n'est ni un conte dégoulinant de bons sentiments, ni une fable réjouissante, mais une peinture, au trait enlaidi (je l'espère du moins), de ce que fut la conquête de gisements de pétrole californiens au tournant du 19ème/20ème siècle. Au delà de ce personnage repoussant, c'est l'idée même de la folie naissante autour de l'or noir qui glace le sang, un déchainement de passion pour ce liquide gluant et jaillissant du (sous-)sol et faisant perdre la raison à ceux qui tournent autour de ce magot diabolique. Car il est bien question dans ce film d'essayer de mêler le divin au mesquin !

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/63/80/44/18867818.jpgPaul Thomas Anderson tente en effet, assez astucieusement, de mettre dos-à-dos le prêcheur et le spéculateur, au cours d'une partie de "boxe" à plusieurs manches, mais en fait semble plutôt régler leurs comptes à l'un comme à l'autre, en dévoilant leurs petites et grandes lâchetés réciproques. Eli Sunday et Daniel Plainview réduiront finalement en miettes tout espoir d'ouverture dans ce conflit, et Anderson ne se fendra pas d'une ineffable morale manichéenne pour les départager, et c'est tant mieux, même si cette perspective aurait alors pu être porteuse d'un peu d'espoir dans ce contexte si agressif et impitoyable. Et rendre peut être ce long métrage un peu plus digeste.

Dans la forme, la bande originale est assez étonnante, et contraste (à dessein surement?) avec l'image, qui est elle aussi très travaillée, avec une photographie absolument irréprochable, sobre et sans fioritures, souvent brutale quand elle est centrée sur l'environnement laid de l'or noir ou quand elle représente les accès de violence des personnages principaux, réussissant à provoquer le malaise chez le spectateur.


http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/63/80/44/18827504.jpgFinallement, les 2 heures 30 que durent le film passent très vite, grâce justement au brio de la mise en scène et au jeu des acteurs, qui "marchent" vraiment. Autant il me faut reconnaître que le sujet de "There will be blood" n'a pour moi rien de passionnant au départ (ni à l'arrivée), que de plus il n'y a pas vraiment de dénouement (j'aime bien les happy end!) , pas le moindre trait d'humour ni de romance un peu à l'eau de rose, mais d'un autre côté les personnages sont intenses et la rigueur omniprésente dans la réalisation et l'interprétation ne peuvent que conduire à estimer à sa juste valeur un film, encore une fois, magistral. Le succès d'estime à l'époque apparait comme réellement mérité et promet à "There will be blood" comme il est écrit au verso de la jaquette de devenir un "grand classique" du cinéma…