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L'humeur des Atréides

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Un été brûlant, de Philippe Garrel

Un été brûlant, de Philippe Garrel

Ce qu’il y a de plus horripilant dans le dernier Garrel ce n’est pas tant sa naïveté théorique, osant « Les vacances de l’amour » dans une Italie mythique, remplie de cinéma et de culture.

http://images.allocine.fr/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/37/23/19795787.jpgD’aucuns même saluent le courage idéaliste de ce cinéma qui croit encore en l’Amour et en l’Art, en Paul et en Frédéric, deux amis d’un été qui sera meurtrier. Et si nous luttons contre l’entêtement naturalisto-vériste du cinéma d’auteur qualitatif français, la voie surfaite qu’offre « Un été brûlant » tient de l’impasse. Jamais l’idéalisme abrasif, si théorique qu’il fut, n’affleure du récit ou de ses personnages. 

Cela ne s’explique pas seulement par la fadeur de ses acteurs peinant à articuler des dialogues inanes qui pourtant débordent, nous dit-on, de sensualités et de douleurs enfouies. Il est vrai que Monica Belluci est belle quand elle mâche ses mots jusqu’à en être inaudible ou quand elle crie de désespoir à la vue d’un rat dans sa lingerie. Non vraiment, jamais jusqu’alors un cinéaste avait su lui penser un rôle à sa mesure.

Plus indisposant, est la façon dont « Un été brûlant » veut rappeler gratuitement qu’il est aussi un film anticonformisme ; et que d’ailleurs sans cela, il ne pourrait pas être un film de Philippe Garrel. A travers le personnage de Paul, communiste qui croit à la révolution, le réalisateur en profite pour rappeler qu’il est toujours contestataire. Voyons de quelles manières :

Les deux amis avancent dans la nuit parisienne non loin d’une bouche de métro. Derrière eux, subitement, des policiers interpellent des personnes noires de peau. Ce qui fera dire à Paul, courageusement, « salaud de Sarkozy ». A la lecture du générique nous apprendrons que l’intitulé de leurs rôles est « les noirs sans papiers » alors qu’aucun élément dans la scène ne précisera le pourquoi de leur arrestation. C’est l’association d’idées «  noirs + police + Sarkozy » qui induira leur nature de sans papiers iniquement arrêtés. Alors c’est toute la ritournelle idéologique, simpliste et consensuelle, qui cadenassera le film vers un parangon de bien-pensance.

Le personnage du grand-père est frappant à ce titre. C’est par lui qu’entre en jeu la thématique de la résistance. Frédéric, Louis Garrel, montre à Paul la photo de son grand-père, Maurice Garrel. Le plan est assez troublant, presque impudique dans sa façon de mettre en abime une vraie filiation, celle des Garrel, à une fausse, celle des personnages, tout en présentant d’emblée ce grand père comme un résistant.

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/37/23/19785392.jpg

 

Plus tard, le fantôme du Grand Père s’adressera à son petit fils sur le point de mourir. La résistance revient sur le tapis. Frédéric qui a choisi l’art, a peur de ne pas être de la même trempe que son aïeul. Ce dernier lui explique que de toute façon il n’avait pas eu le choix, que c’était soit Staline soit Hitler. Le communisme ou le nazisme induisant la résistance ou le nazisme. Ici, pas de place pour tous les autres - les résistants gaullistes, les résistants de droite, les résistants d’extrême droite, les résistants juifs et les civils – sans doute impropre à l’idéologie de l’engagement telle quelle est ici assénée.

« Mais si vous aviez le choix » répond le petit fils, trop embourgeoisé pour faire la révolution, voué à mourir par manque de révolte. Non nous n’avions pas le choix, c’est tout naturel pour un Garrel de résister, de s’engager, de contester. Toi que fais-tu Louis à part peindre ou faire l’amour sous cocaïne ? Et voilà Frédéric, notre peintre, sacrifié non pas par amour, mais puni de son oisiveté sous le regard moralisateur de son père.

Mais nous l’aimons quand même cette jeunesse…